Ondes électromagnétiques et santé-1

La sécurité des personnes

Nous vivons dans un univers d'appareils électriques... certains nous facilitent la tâche, d'autres nous permettent de communiquer, tous produisent des champs électromagnétiques, dont les ondes sont caractérisées par leur fréquence. Les nouvelles technologies ont fait exploser l'utilisation des hyperfréquences, avec en bruit de fond un grand débat scientifique sur les effets sur la santé de telles ondes : de nombreuses études scientifiques, des affirmations, contre-affirmations, dénégations et alertes, ainsi que des conseils de normes à ne pas dépasser pour les utilisateurs fleurissent.
A terre, le débat fait rage autour des antennes des téléphones portables et de leurs antennes-relais, des antennes wifi, de la 3G et la 4G.
En bateau, on bénéficie également de certaines de ces technologies, mais selon l'équipement du bateau, s'y rajoutent des systèmes plus spécifiques de navigation et de communication comme les VHF, BLU, radar, téléphones satellitaires et GPS.
Pour moi, le point de départ a été le radar : « ne le regarde jamais « dans les yeux » quand il fonctionne » ah bon ? Mais pourquoi ? Je fouille la documentation dudit radar : aucune information relative à la sécurité des personnes ; sur internet la doc correspondante indique que ce radar ne présente pas plus de risques qu'un téléphone portable, ce qui n'apporte aucune information pertinente. Alors on continue à creuser...
Qu'en est-il de notre environnement électromagnétique à bord et quels sont les effets connus sur notre santé ? Dans un premier temps, voyons ici ce qui est à l'origine des normes de sécurité en vigueur en France.

Les ondes à bord : radio, hyperfréquences et microondes

Les ondes électromagnétiques sont classées selon leur fréquence en rayonnements gamma, X, ultraviolets, lumière visible, infrarouges, ondes radio, hyperfréquences et microondes. Seules les trois dernières catégories nous intéressent dans la vie à bord :

Ondes radio (MF, HF et VHF) : comprises entre 10kHtz et 300MHz
- système navtex
- radio marine : BLU
- VHF marine
- AIS
- Radio RFI

Hyperfréquences (=UHF) : comprises entre 300MHz et 3GHz
et microondes : comprises entre 1GHz et 300GHz
(la zone de 1GHz à 3GHz est à cheval sur les hyperfréquences et les micro-ondes)
- Radars de plaisance
- GPS
- Téléphones satellitaires Inmarsat et Globalsat
- Téléphone portable GSM
- Emetteur wifi
- Bluetooth
- Four à micro-ondes
- TV( IV et V) et TV satellite

kHz : kiloHertz       MHz : mégaHertz = 1000 kHz      GHz : gigaHertz = 1000 MHz

Fréquence, puissance, distance et danger

Le caractère dangereux ou nocif dépend de la fréquence utilisée : les fréquences VHF sont nocives et les fréquences égales ou supérieures aux UHF ( =hyperfréquences et les microondes) sont dangereuses ; c'est ce que l'on apprend à l'Ecole Nationale de Radio-Electricité Appliquée.

Les ondes pulsées (par paquets avec alternance d'émission et d'arrêt) présentent plus de risques qu'une émission en continu. A la fréquence des ondes se rajoute la fréquence des puls.

La puissance et l'intensité d'émission sont également des facteurs importants de risque : les effets biologiques des ondes puissantes ou de forte intensité ont été abondamment étudiés avec des résultats concordants, les intensités faibles et très faibles ont également des effets biologiques spécifiques mais moins connus, cela dépend entre autres de la puissance des appareils.
Ex :
-puissance de crête ( maximum) du radar de plaisance : de 2 à25 kW selon les appareils , qui descend à 0.5 à 1 W
-puissance d'un téléphone portable : de 1 à 2W, qui augmente brutalement jusqu'à 1000 fois au moment de la connexion (début d'appel, à chaque changement d'antenne-relais si on se déplace ou si la réception est mauvaise) - les valeurs d'un radar peu puissant et du portable sont effectivement du même ordre de grandeur –
-Puissance maxi d'une BLU (icomM710) : 150 W, d'une VHF marine : 5W
-A titre de comparaison : four à microondes : 500 à 1000 W, wifi : 10 000 fois moins puissant.

Ces valeurs diminuent rapidement en s'éloignant de l'appareil émetteur, donc le risque diminue aussi avec l'éloignement. C'est pourquoi on calcule une distance de sécurité entre l'appareil et l'usager, au-delà de laquelle l'irradiation ne présente théoriquement pas de risque pour la santé. Mais au fait, quels sont les risques ?

Cancers, maladies cardiovasculaires et autres troubles

Mythe ou réalité ? De nombreux résultats "sur le terrain" indiquent que l'exposition aux ondes de forte fréquence peut entrainer une modification du comportement, des troubles physiologiques et génétiques ( cancers, leucémies, fausses couches), des migraines, une fatigue anormale, une perte de mémoire, une diminution du rythme cardiaque et des variations de la pression sanguine, mais aussi stérilité, cataracte (= le cristallin de l'œil devient opaque), sifflements d'oreille. Ces constats remontent aux années 1960... Plus récemment, chez les soldats exposés aux microondes des radars pendant la guerre de Corée, on a vu une augmentation de la mortalité, une augmentation des cancers ( voies respiratoire, voies lymphatiques) et des maladies neurologiques...
Chez les radioamateurs, l'augmentation des cas de leucémies et de troubles cardiaques est d'autant plus marqué que les doses reçues sont fortes.
Actuellement, les radiofréquences sont classées dans le groupe 2B ( potentiellement cancérigènes) du fait de l'apparition de cancers de la tête chez les utilisateurs de téléphone sans fil.
L'électrohypersensibilité (EHS) est un trouble reconnu par l'OMS depuis 2004.

La documentation scientifique est suffisamment fournie pour conclure qu'il y a des effets sur la santé. Sur quel critère sont-ils évalués?

L’effet thermique, à l’origine des normes de sécurité

Les microondes et les hyperfréquences traversent les tissus du corps. Elles traversent plus facilement les tissus pauvres en eau comme la graisse et les os que ceux qui sont plus riches en eau (les muscles et la peau).
Lorsque leur puissance est forte, elles provoquent une agitation moléculaire qui dégage de la chaleur (un peu comme dans un four à microondes). La température du corps s'élève, ce qui déclenche une réponse naturelle pour dissiper l'excès de chaleur : la circulation sanguine augmente, le sang prélève la chaleur dans les organes chauds et la redistribue à l'ensemble de l'organisme notamment au niveau de la peau, qui évacue la chaleur excédentaire par transpiration et par des échanges thermiques avec le milieu extérieur.

Cette réponse est efficace dans les organes riches en vaisseaux sanguins (peau, muscles), par contre elle est moins efficace dans les organes moins bien vascularisés comme l'œil ou les testicules et l'échauffement peut conduire à la cataracte et une baisse de fertilité chez l'homme.
Cela s'observe pour les intensités fortes.

Les normes d'exposition en vigueur en France sont basées sur cet effet thermique, pour limiter l'échauffement à moins de 1 °C.

Les normes et distances de sécurité en France

La norme de sécurité adoptée par la France, sur les recommandations de l'OMS est de limiter l'exposition du public à un taux inférieur ou égal à 1mW/cm2 (Watt par centimètre carré de surface) soit 10W/m2 (Watt par mètre carré de surface), pour les appareils émettant des ondes de plus de 2GHz.

Pour la téléphonie mobile (900MHz et 1800MHz), les normes différencient les irradiations localisées à une partie du corps des irradiations subies par l'ensemble de l'organisme :
- L'irradiation localisée (ex : irradiation de la tête par l'antenne d'un téléphone portable) doit être inférieure ou égale à 2 W/kg
- L'irradiation généralisée (ex : irradiation de l'ensemble du corps au voisinage d'une antenne) doit être inférieure ou égale à 0.08 W/kg.

Assez bizarrement, on ne précise pas la durée d'exposition alors que ces ondes ont des effets cumulatifs (du moins je n'en ai pas trouvé de mention).

Une distance de sécurité est ensuite déterminée, c'est la distance entre l'appareil et l'usager au delà de laquelle le rayonnement n'échauffe pas suffisamment le corps pour engendrer des effets biologiques. Mais vu le nombre de paramètres entrant en jeu (fréquence, puls, puissance de crête et hors crête, capacité à traverser les tissus..) c'est assez complexe, d'autant que ces ondes sont réfléchies voire concentrées par certains éléments métalliques ou électriques.

 

 

Ca, c'est la théorie.

Ces normes ne se basent que sur l'un des effets connu des radiofréquences : l'effet thermique du à de fortes intensités. Aucune mention n'est faite sur la durée d'exposition.
De nombreux effets spécifiques non thermiques ont été mis en évidence pour des intensités faibles voire très faibles (<1mW/cm2) et pour lesquels aucune norme de sécurité n'a été fixée faute de consensus entre les instances de santé, les industriels de la téléphonie mobile entre autres, que ce soit sur la nature des troubles (constatés par les uns, niés par les autres), ou, pour un effet reconnu, sur les taux auxquels l'organisme peut être exposé sans danger.

Précisons que certains pays ont des normes de sécurité 1000 fois plus faibles qu'en France ( 10 microW/cm2 pour l'ex-URSS et pays affiliés depuis les années 1960), ça donne à penser!

Ndlr : je ne suis absolument pas spécialiste de la question mais ce sujet titille ma curiosité depuis que j'ai mis les pieds sur un voilier de voyage... Ce qui précède est une synthèse des informations que peut faire un individu lambda à partir du flot d'information disponible sur le sujet ... à s'arracher les cheveux ...

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